
Laisser derrière soi les plaines du plateau et couronner le mythique col de Pajares est, depuis des siècles, le rite incontournable pour quiconque cherche à pénétrer dans le nord. Le conseil de Lena se déploie devant le voyageur non pas comme un simple territoire de transit, mais comme la grande Porte des Asturies.
Quiconque contemple pour la première fois cet abîme de vallées profondes et de sommets calcaires comprend immédiatement que la Montagne Centrale l’accueille avec le magnétisme indompté d’un territoire qui agit comme l’authentique gardien de la Principauté.
C’est précisément à cette hauteur mythique que le voyage fusionne avec l’histoire, car c’est ici que traverse le Camino del Salvador, la célèbre route jacobéenne médiévale qui part de León à la recherche de la cathédrale de San Salvador à Oviedo. En commençant la descente du col en suivant les traces de ces anciens pèlerins, on comprend parfaitement leur célèbre devise : Celui qui va à Santiago et non au Salvador, honore le serviteur et laisse le Seigneur. En s’aventurant aujourd’hui sur ces sentiers, le marcheur hérite de ce même effort et se fond dans un paysage qui semble suspendu dans le temps.
À mesure que la route perd de l’altitude et s’encaisse dans la vallée, la nature sauvage cède subtilement la place à la pierre millénaire. C’est l’annonce que nous approchons du cœur culturel de la région, où le terrain finit par s’apaiser. Et c’est ici que la Porte des Asturies accueille le voyageur avec le jalon patrimonial le plus important de la zone : un joyau architectural unique qui garde la mémoire et la véritable origine de l’identité asturienne.

La pierre qui veille sur le passage du temps
Ce joyau n’est autre que Santa Cristina de Lena. Déclarée Patrimoine mondial par l’UNESCO, cette œuvre majeure de l’art préroman du IXe siècle se dresse solitaire sur une colline dominant la vallée de la rivière Lena. Ce n’est pas un monument intégré à l’agitation urbaine : c’est une structure sobre et harmonieuse qui semble jaillir de la terre elle-même, parvenant à émerveiller le visiteur dès le premier instant.
Faire une halte sur cette colline permet de comprendre immédiatement pourquoi la Montagne Centrale a été, et continue d’être, le grand carrefour des chemins historiques des Asturies. À une époque où traverser la cordillère était un véritable exploit, Santa Cristina ne fonctionnait pas seulement comme un espace de culte, mais comme un phare et un guetteur pour les voyageurs qui communiquaient le plateau avec le littoral.
En fait, en franchissant ses portes, cette fonction de frontière devient palpable : à l’intérieur, le célèbre iconostase en pierre — unique dans l’art préroman espagnol — sépare le sacré du terrestre, reflétant sur ses murs cette même sensation de refuge que le marcheur recherche en s’abritant de la montagne.
C’est précisément là, parmi le silence de la pierre, que la Porte des Asturies offre sa version la plus hospitalière et accueillante. Quiconque s’arrête pour écouter le vent dans ce coin découvre que le véritable secret du nord ne commence pas à l’arrivée sur la côte, mais dans ces premières vallées qui reçoivent le voyageur à bras ouverts. Le marcheur qui contemple l’horizon depuis les murs de Santa Cristina assimile que ce territoire n’est pas un simple lieu de passage, mais le véritable début de tout le voyage.